Ohigan, c’est une cérémonie qui se déroule dans les temples à chaque équinoxe. C’est une coutume plutôt qu’une pratique bouddhiste, mais ce sont les moines bouddhistes qui célèbrent le culte des ancêtres au Japon, alors c’est l’occasion pour les temples d’accueillir les familles qui leur sont rattachées.
Les gens viennent d’abord nettoyer et fleurir leur tombe familiale, puis assistent à la cérémonie, principalement composée de soutras. Puis ils récupèrent une petite plaque commémorative qu’ils vont poser sur la tombe. L’événement est plus ou moins important selon les familles.
Tombeau familial typique. Après chaque décès, les restes (des os) sont enfouis à l’intérieur du monument funéraire.
Alors même qu’en raison du covid-19 il avait été annoncé, comme les deux dernières fois, que la cérémonie serait simplement assurée par Dossan seul, quelques irréductibles fidèles sont venus y assister. ils étaient 8. C’était très doux et plein de bonne humeur. Hanna s’était mise sur son 31 à la mode de Séville, et j’ai cuisiné du riz au haricots azukis “Sekihan” pour 15 au lieu de 40, ce qui n’est pas trop fatigant, surtout avec l’aide de Mme Yawata, une super voisine.
J’ai une passion pour le végétal sous toutes ses formes. Phytothérapie familiale (je pratique surtout tisanes, eaux florales et huiles essentielles), potager, cuisine, ikebana, … En fait, c’est le végétal en lien avec la culture, c’est à dire ce qu’en fait l’homme qui m’intéresse.
Citronnelles devant, gingembres derrière.
En 10 ans au Japon, j’ai travaillé en agriculture naturelle, puis chez un pépiniériste. Parallèlement, ma vie au temple m’a permis de connaître les dessous de la gastronomie shojin végétalienne bouddhiste. Délicieuse mais trop compliquée à mon goût, elle m’a toutefois permis de connaître la cuisine thérapeutique yakuzen, issue de la tradition médicinale chinoise. Plus épicée, la cuisine yakuzen considère les aliments comme des remèdes, permettant notamment au corps de s’adapter (se réchauffer, se purifier ou se fortifier), au cours des saisons.
Festin végétalien concocté pour célébrer l’ordination de Myosho, le disciple de Kidoh.
Auparavant, étant géographe de formation, j’ai appris à comprendre un biotope (sous-sol, cours d’eau, faune, flore, climat) en relation avec la société qui l’habite (ses mythes et croyances, ses besoins économiques, son histoire). Je me suis par ailleurs formée en France à la botanique de terrain, dans le cadre d’une formation “d’herbaliste” à l’Ecole Lyonnaise des Plantes Médicinales. J’en retiens le plaisir immense qu’il y a à regarder un paysage que l’on comprend, à observer des plantes dont on connaît le nom, les usages et les significations symboliques.
Ballade dans les collines derrière le Pavillon d’Or.
Pendant quelques années, j’ai vendu des tisanes, des baumes et des eaux florales sur les marchés artisanaux de Kyoto. Mon entreprise s’appelait «Kurara-cha » : « les thés de Clara». Mes tisanes, des mélanges originaux, alliaient plantes françaises et plantes japonaises.
Au marché de Noel de l’institut français.
Après une pause maternité, j’ai envie de reprendre, mais différemment. Les plantes sèches ne supportant pas l’humidité estivale, je vais me contenter de faire des hydrolats (c’est à dire des distillations de plantes). Et surtout, je vais me concentrer sur des plantes locales, telles que le néflier, le yomogi (armoise locale) ou le shiso vert. Ces plantes médicinales sont reconnues et largement utilisées, mais sous d’autres formes, les japonais ne pratiquant traditionnellement la distillation que pour l’alcool !
Hydrolat de feuilles de néflier, apaise les peaux sensibles, soulage les maux de gorge.
Je me réjouis de cette très belle opportunité de collaboration culturelle. Plantes japonaises et technique occidentale!
Il règne une lumière très enveloppante à Kyoto en hiver, et s’il peut y faire froid (bien que pas tant que ça), il y fait souvent sec.
Vue sud du pont Sanjo Ossami (dit « bébé Jacques ») pose devant le mont Hiei, vu depuis Shimei-dôri Crépuscule sur Gion vu du Pont Gojô (là même où le légendaire Benkei terrassa 999 samouraïs. Quant au 1000ème…)Pontocho, devant le théâtre des geishas, au loin les restos déserts….… et la plus belle des fleurs à tous les coins de rue .
坐 signifie assis, 禅 signifie zen, qui vient du chinois chan, qui vient du sanskrit dhyana, qui peut se traduire par méditation, contemplation ou encore absorption.
On s’assoit plus ou moins longtemps selon les écoles. à Fumonken, la durée de base est de 23-24 minutes (la durée d’un bâton d’encens). On insert une pause de 5 minutes pour étirer ses jambes entres deux assises. Lors des sessions où il y a plus de 3 assises, il y a aussi une marche appelée “kin’in”, qui prolonge la méditation et permet de se dégourdir.
Pour les débutants, un conseil précieux qui permet de continuer longtemps consiste à commencer par de très courtes durées, 5 ou 10 minutes, mais de s’y tenir.
Pour la lecture de ce dessin : dans les abréviations japonaises, le rond veut dire oui et la croix veut dire non.
Désolée pour le copyright, je suis à la recherche de l’auteur de ce dessin!
Parmi la quinzaine d’essais de greffe effectués en … 2012 je crois?! voici la seule réussite !
Il pousse littéralement dans les cailloux!
C’est une branche de cerisier burlat d’une petite trentaine de centimètres que j’avais greffé sure un cerisier sauvage « de la Sainte-Lucie » comme il en pousse partout dans la garrigue.
A l’époque, après quelques stages en agroécologie et avoir découvert le concept de « forêt fruitière » développé par l’illustre greffeur ardéchois Maurice Chaudière (également connu des apiculteurs), je m’étais enflammée pour le greffage de variétés comestibles et délicieuses sur des troncs sauvages et donc robuste. Une condition importante est que le porte-greffe et le greffon soient de la même famille botanique.
C’est génial, on peut ainsi imaginer faire pousser des branches de châtaignier (arbre qui aime les sols acides) sur un tronc de chêne vert (qui aime les sols calcaires).
J’ai aussi entendu parler de quelqu’un qui avait réussi, pour rire, à faire fructifier sur la même plante des pommes de terres (le porte-greffe), des tomates, des aubergines et des poivrons, tous des variétés de solanacées. Il l’avait baptisé « l’arbre à ratatouille » !
Il y a de nombreuses techniques possibles, un coup de main à acquérir, des lunes (sève ascendante) et des saisons à connaître, c’est un vrai savoir-faire et même un métier.
Voici la technique que j’avais utilisé:
Image issue du site NewsITKAgri
Un ancien du coin où j’ai fait mes expériences m’avait prévenu que les greffes sur cerisier sauvage n’était pas très difficiles mais ne tenaient pas de longues années… que je ne me fasse pas d’illusions !
Après l’avoir progressivement taillé (ou plutôt fait tailler par mon père) pour ne garder plus que la branche greffée, c’est de loin cette année qu’il est le plus prometteur! Je ne ferai pas partie des dégusteurs de cerise, mais ça fait tout de même plaisir!
J’ai toujours été sensible aux moments qu’on s’offre pour sentir la vie couler, en bonne compagnie ou solitairement. Une pause café, une cigarette devant un beau paysage, un verre de vin, … ou un bâton d’encens.
au-dessus de l’évier
Voilà un plaisir que j’ai découvert alors qu’un des effets collatéraux de ma première grossesse était d’avoir les cinq sens exacerbés! L’air sur la peau, les saveurs décuplées, la moindre odeur! Souvenir de grandes sensations, que je retrouve malheureusement moins cette fois-ci (je suis dans le 9ème mois à l’heure où j’écris).
assortiment de chez Yamadamatsu
De passage à Shoyeido, une célèbre boutique d’encens de Kyoto, je m’étais offert cet assortiment d’encens de grande qualité, cinq mélanges à savourer, une douzaine de minutes par bâton. Depuis, comme une petite boîte de chocolats, j’en fais régulièrement cadeau à des amis et le conseille comme souvenir à rapporter aux clients que je guide.
Ce bain de vapeur par le siège est une technique traditionnelle coréenne. On fait bouillir des plantes médicinales, le plus souvent du Yomogi (prononcer yomogui), une sorte d’armoise, sous un tabouret troué sur lequel on s’assoit de façon à ce que la vapeur irrigue gentiment vagin et colon.
Petite parenthèse d’abord sur le yomogi. Cette plante qui pousse sauvagement un peu partout est populaire dans tout l’extrême-orient à la fois en cuisine (pâtisserie surtout), en encens purificateur (vu à Taïwan), en moxibustion (technique de chauffe de points énergétiques en médecine chinoise), et bien sûr en tisane et autre bains de pied.
Les Japonais la surnomme la “reine des plantes médicinales” . Elle est surtout populaire auprès des femmes, car elle aide à lutter contre l’anémie (riche en Fer et nombreuses vitamines) et à réchauffer l’organisme (très “Yang” et circulatoire). Alcalinisante, elle a une grande réputation de détoxifiante et d’équilibrante hormonale, cette dernière qualité lui valant d’être très populaire chez les femmes souffrant de douleurs et autres dérèglements menstruels, au point d’être prescrite pour booster la fertilité. Elle accompagne les femmes durant leur grossesse (sauf les trois premiers mois) et après l’accouchement.
Quand je vendais des tisanes, j’avais un mélange yomogi-feuilles de framboisier-pétales de rose qui avait un certain succès. Pour ma part, je la bois souvent accompagnée de gingembre.
Pour en revenir à notre bain de vapeur!
Après avoir chauffé la pièce (nécessaire à Fumonken!), s’être préparé un bon livre et de quoi boire (car on va beaucoup transpirer), on se déshabille et enfile un grand poncho imperméable qui va empêcher la vapeur de s’échapper. Il est important de bien ajuster l’afflux de vapeur afin de ne pas se brûler, ça doit être tout doux. On peut maximiser les effets de la vapeur en faisant quelques exercices musculaires avec le périnée, mais l’abandon total me semble aussi être une bonne technique! On reste en place entre 30 et 45 minutes, selon l’envie et le ressenti en fait.
Au Japon, de nombreux instituts de beauté proposent ce service pour l’équivalent de 20-30 euros la séance. Mais ce n’est pas du tout compliqué de le faire chez soi, à condition d’avoir le fameux tabouret percé. Dossan étant un bricoleur de bonne volonté dès que l’idée l’amuse, il m’a fabriqué l’engin 🙂
C’est évidemment très économique mais l’autre immense avantage, c’est d’avoir le loisir de faire la sieste tout de suite après la séance, car le niveau de détente atteint est assez formidable!!
Quand Dossan se penche sur l’électronique de la clé de la voiture que j’ai fait passer à la machine à laver, j’apprécie le geste et l’économie. Quand on fait un bon repas juste avec ce qu’il y a, c’est super satisfaisant. Dans la pratique au quotidien, le zen encourage ces grands principes écolos : Bricoler, Réduire, Réparer, Réutiliser.
Mais là, comment dirais-je? … C’est trop ?!! Je vous laisse apprécier l’état des sandales (sachant je lui ai offert les mêmes pour remplacer celles-ci, déjà rafistolées mille fois), mais non : ” Te me les jettes pas hein, je vais les réparer! ”
Et je ne vous montre pas l’épaisseur de la semelle…
On s’entend régulièrement dire « Quoi ?! on est déjà en décembre! j’ai
pas vu l’année passer ! »
J’ai beaucoup eu cette sensation toute
ma scolarité. A peine la rentrée attaquée, on était déjà en juin. Mais à partir
de la vingtaine, du moment où j’ai volé de mes propres ailes, j’ai plutôt eu l’impression
que le temps passait tranquillement, avec densité, et que j’en profitait.
Ces derniers temps, je retrouve cette
sensation de temps qui échappe tant il passe vite. Cela coïncide avec la
naissance de ma fille Hanna, et donc aussi avec le fait que je pratique
infiniment moins la méditation qu’avant.
J’ai commencé à pratiquer le zazen (méditation
zen) à l’automne 2008, à 21 ans. Ce fut pendant dix ans une discipline
quotidienne, jusqu’à 3 heures par jour dans les périodes les plus intenses, dix
ans ponctués de nombreuses retraites.
Ces deux dernières années, c’est plutôt
une demie-heure par-ci une demie-heure par là. Je n’en fais pas un problème, c’est
une phase. Mais j’ai envie de croire que la pratique de la méditation, avec une
observation soutenue, une respiration approfondie et allongée, entraine une
autre perception du temps. L’attention étant décuplée, on a l’impression qu’il se
passe tant de choses durant ces 23 minutes (la durée classique du zazen) !
Peut-être y a-t-il des études scientifiques sur le sujet ?
Je ne crois pas qu’il soit souhaitable
de pratiquer dans le but de profiter de tel ou tel de ses bienfaits, mais la
méditation a des vertus qu’on n’imagine pas forcément en commençant. Je les découvre
pour ma part en négatif puisque depuis quelques mois, le cours des choses s’est
accéléré. La fatigue n’arrangeant rien, je me sens nettement moins calme, me
laisse plus facilement déconcentrer, j’ai l’esprit plus agité, tout va un tout
petit peu trop vite. Le recul que confère l’habitude de méditer aidait à gérer
ce « un tout petit peu trop vite».
L’été à Fumonken est plus frais qu’ailleurs
à Kyôto, une des villes les plus chaudes du Japon.
L’habitat traditionnel ici est conçu pour faire face aux étés semi-tropicaux où l’humidité ambiante rend tout moite et poisseux. Pas de répit à l’ombre, peu de fraîcheur le soir.
De nombreuses cloisons et fenêtres sont amovibles, on ne laisse pour ainsi dire que les murs porteurs pour laisser au maximum l’air circuler. On accroche une clochette sous l’auvent pour que son tintement nous permette de mieux profiter du passage de la prochaine brise !
Au potager, des concombres à ne plus savoir qu’en faire ! salades à toutes les sauces, soupes froides et masques pour la peau.
Du 10 au 16 août, c’est la semain d’Obon : les ancêtres reviennent visiter les familles. On leur sert de vrais repas sur l’autel familial et les moines font le tour des chaumières pour y dire des sûtras. Beaucoup de gens pensent que les ancêtres peuvent exercer une influence sur leur vie, et qu’on a tout intérêt à leur rendre les honneurs traditionnels. Tout cela est sans rapport avec le bouddhisme originel, mais au Japon, ce sont les moines bouddhistes qui assurent le culte des ancêtres, funérailles et commémorations. Toutefois, la tradition consistant à recevoir la visite du moine une fois par an date seulement de l’ère Edo et fut établie dans le but explicite de contrôler les bonnes mœurs du peuple.
Inversement, durant cette chaude semaine d’Obon, nombreux sont les Japonais qui se rendent sur la tombe familiale qui se trouve généralement au sein d’un temple. A Fumonken, nous avons environ 25 tombes au cimetière. C’est relativement peu, mais cela nécessite de tenir le jardin encore plus impeccable que d’habitude, ce de très bon matin quand il fait à peu près frais.
A disposition des visiteurs : des seaux et des brosses pour laver les tombes, du spray et de l’encens anti-moustiques, des ombrelles pour se protéger du soleil. Et puis un petit coin repos avec du thé glacé, des bonbons, ventilateur et éventails. Par-ci par-là, des ikebanas.